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P r é s e n t a t i o n

  "La Dernière Danse de l'Homme Nu" met en scène le suicide de l'écrivain René Crevel qui meurt le 19 juin 1935 à l'âge de 35 ans. En rédigeant sa lettre d'adieu, René passe en revue des moments de son existence, publics et privés. Ces fragments de vie parfois anodins, sont soit relatés, soit présentés sous la forme de tableaux successifs qui constituent le spectacle dont le fil conducteur est la lettre. Ces retours dans le passé couvrent la période 1920-1935.
  "La Dernière Danse de l'Homme Nu" est un spectacle d'actualité à maints égards. N'y aborde-t-on pas pêle-mêle les thèmes de la drogue, du sexe, de la maladie (contagieuse et mortelle...), de la politique, de la menace fasciste, de l'Europe (particulièrement les échanges culturels franco-allemands) ?

  S'il s'agit avant tout de montrer le destin tragique de René Crevel, il s'agit aussi d'utiliser l'époque (des Années Folles - l'après-guerre - aux Années Noires - l'avant-guerre) comme un décor visuel mais aussi musical et narratif. Il n'est pas nécessaire de rappeler le foisonnement artistique de ces années qui semblent bien avoir tout "inventé"... La reconstitution de l'avant-première de "L'Age d'Or" de Bunuel et Dali, premier film parlant, est là pour qu'on s'en souvienne (et qu'on rappelle la censure qui a frappé ce film pendant... 50 ans !). Dans le même esprit est proposé le début de la pièce "Coeur à gaz" de Tristan Tzara.
  D'aucuns seront peut-être étonnés de la place faite à la musique et à la chanson. Il faut préciser que la TSF et surtout les disques étaient un loisir nouveau, très prisé par la jeunesse et que le blues, le jazz, le fox-trot, le tango, la java sont nés à cette époque, une époque où l'on dansait beaucoup et où le moindre événement était l'occasion de faire la fête, toutes classes sociales confondues...
  D'autres seront surpris par la présence d'artistes noirs. Avec la Revue Nègre, une vague noire déferlait sur Paris (en 1925, une certaine Joséphine Baker est sacrée Reine de Paris avec ses seins nus et une ceinture de bananes...). Par ailleurs, la négritude incarnait aux yeux de Crevel la beauté parfaite, une sorte d'idéal du désir, inaccessible. Enfin, le noir apparait comme la couleur du destin tragique du personnage. Certains n'ont-ils pas, un peu facilement à notre goût, surnommé René Crevel "l'ange noir du surréalisme" ?

  A un spectacle de conception surréaliste a été préférée une facture plus classique qui ne s'empêche pas de traduire l'atmosphère surréaliste dans quelques scènes, notamment avec le Désir, personnage métaphorique. "La Dernière Danse de l'Homme Nu" est, en douze tableaux, un spectacle "total" qui, s'il est à dominante théâtrale, comprend également une dimension chorégraphique (et acrobatique avec un des personnages trapéziste), cinématographique, musicale...
  La version proposée ici ne prévoit pas d'entracte. Mais la pièce pourrait en comporter un à la fin du sixième tableau. Il s'agit en fait d'un problème de durée qui se trouve entre les mains du metteur en scène, lequel pourra décider de la longueur très variable des respirations musicales, chorégraphiques, etc.

Patrick Pognant (20.02.1994)

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