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Louis SUAREZ

Voir sur www.virtedit.org colonne de droite, Histoire, Cinq années noires  : site web qui a préfiguré l'ouvrage dont il est question dans cette page.



Louis SUAREZ, Marie-Ange BARTHLOMOT BESSOU, 1939-1945 - Sept années volées à ma jeunesse - Un soldat français en Prusse-Orientale, prisonnier de guerre de la Wehrmacht puis otage de l'Armée rouge, Paris : Société des écrivains, 2013, 370 p.

couv et 4e de couv

A commander chez votre libraire ou sur le site de l'éditeur : www.lasocietedesecrivains.com


C’est avec une grande joie que j’écris ces lignes à propos de l’ouvrage de Louis Suarez avec lequel je suis en relation depuis une dizaine d’années (compte tenu de son grand intérêt, j’avais à l’époque hébergé le site web qu’il a consacré à ses années noires, site qui a, en quelque sorte, préfiguré l’ouvrage dont il est question aujourd’hui, et qui est toujours en ligne à ce jour).

Pour coucher sous forme livresque ses douloureux souvenirs, Louis Suarez a eu la bonne idée de se faire seconder par une universitaire, Marie-Ange Barthlomot Bessou, qui a notamment participé à la mise en œuvre (rigoureuse et parfaitement référencée) du contexte historique des événements personnels narrés par l’ancien prisonnier de guerre. C’est d’ailleurs là un des grands atouts de l’ouvrage : le quotidien de l’auteur et de ses compagnons de misère se trouve enchâssé dans les événements historiques, ce qui donne au lecteur des repères qui permettent de mieux comprendre ce qu’ont vécu – parfois jusqu’à en mourir – les prisonniers de guerre français (mais aussi ceux des autres nationalités !) en Allemagne où ils furent pour la plupart une main d’œuvre gratuite. Bien que le livre soit donc écrit à quatre mains, il est cependant rédigé à la première personne, celle de l’auteur principal du livre, Louis Suarez, ce qui est légitime et bien vu.
 

Quel destin que celui de Louis Suarez, ce fils d’Espagnols établis dans le Sud-ouest où Louis arriva à l’âge de deux ans et où il suivit toute sa scolarité ! En janvier 1938, il devint français, avant d’être incorporé au mois de novembre de la même année pour le service militaire qui durait alors deux ans. Mais par manque de chance, la fin de son service militaire s’emboîta dans le début de la guerre (la France déclara la guerre à l’Allemagne le 3 septembre 1939), laquelle commença sans vraiment commencer durant plusieurs mois, ce que l’on a appelé « la drôle de guerre ». Le livre est sans concession quant à l’impréparation de notre armée et l’impéritie de l’état-major (p. 52 ; Gamelin, le commandant en chef, est qualifié de « général de salon », c’est ce qui s’appelle en prendre pour son grade…).

Comme nombre de soldats français après l’invasion éclair de notre pays par les troupes allemandes en mai 1940, Louis Suarez est fait prisonnier, en ce qui le concerne le 6 juin 1940. Après un périple à pied et en chemin de fer, ponctué de souffrances atroces, Louis Suarez parvient le 2 juillet 1940 au Stammlager (Stalag) I B en Prusse Orientale, soit moins d’un mois après avoir été fait prisonnier. Écoutons-le laisser éclater son amère colère : « La captivité allait durer. Je comprenais que nos dirigeants français après nous avoir menés au désastre, nous avaient cédé aux Allemands au nom d’une politique d’entente avec eux. » (p. 135)

À l’instar de beaucoup de prisonniers, Louis Suarez est affecté dans un Kommando (constitué de soixante-dix prisonniers) qui œuvre dans un domaine agricole (Partsh, près de la ville de Rastenburg) jouxtant la forêt de Görlitz où se construit alors le Grand quartier général de Hitler, le Wolfsschanze (le repaire ou la tanière du loup) qu’il occupera lors de l’invasion de la Russie. Je renvoie le lecteur aux cinq années passées dans le domaine agricole dont la lecture est passionnante, et, que les auteurs me pardonnent, j’en arrive au vendredi 26 janvier 1945, date à laquelle le Stalag I B est évacué par les autorités allemandes pour fuir l’avancée des troupes russes, lesquelles se trouvent à quelques kilomètres de là. S’ensuivent les pages sans doute les plus bouleversantes du livre, quand les prisonniers français sont rendus à la liberté par les Allemands et avec les populations civiles allemandes (principalement des femmes, des enfants et des vieillards) prennent le chemin de l’exode vers l’ouest. Les uns et les autres doivent subir la férocité de soldats russes (pour les prisonniers de guerre, leurs soi-disant libérateurs…), des « barbares psychopathes » (p. 258) qui se livrent au vandalisme, à des exécutions sommaires (y compris de prisonniers français), des vols (Louis Suarez se fait dépouiller de sa montre...) et des viols. Il y a partout des cadavres que le grand froid ne permet pas d’enterrer, la terre n’étant pas assez meuble.

Le cortège épuisé, sale et loqueteux arrive dans une ville de Prusse Orientale, Ebenrode, non loin de la Lituanie, le 10 février 1945. Le 1er mars, les prisonniers français reçoivent l’ordre d’officiers russes de gagner, toujours en Prusse Orientale, la ville de Kullingkehmen, point de rassemblement des prisonniers français. Les autorités soviétiques les affectes dans une habitation où ils sont nourris grâce aux rations… américaines… Louis Suarez fait partie de l’évacuation du 26 mars 1945 qui s’effectue en train vers une destination inconnue. Le 27, le train les dépose à Vilnius (Wilno) où les prisonniers sont regroupés dans un ancien hôpital qui prendra le nom (provisoire !) de Camp français de Wilno. Les prisonniers subissent alors un endoctrinement politique qui vante les bienfaits du communisme. Les autorités russes ne lésinent pas sur les moyens mis au service de la propagande. Le calvaire prend fin le 11 mai 1945 quand, en compagnie d’un millier de prisonniers, Louis Suarez quitte Vilnius pour Odessa où il embarque pour Marseille le 8  juin. Il arrive le 14 juin et retrouve les siens à Castres le 15 juin.
 

Pour conclure, je recommande vivement la lecture de cet ouvrage. Outre l’histoire personnelle de Louis Suarez, ce livre présente tout un pan de l’histoire collective des prisonniers de guerre dans les Stalags, une histoire que l’auteur brosse avec une justesse de ton – sans jamais céder à la sensiblerie – qui permet au lecteur de comprendre ce que fut cette vie. Merci, monsieur Suarez, pour ce beau cadeau que vous nous faites là.

 

Patrick Pognant, 16/12/2013


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