C’est une
page émouvante que celle de Louis René Aurant qui est accueillie sur ce
site. En effet, Louis René a perdu la vie lors de son travail dans un
Kommando agricole. Deux documents m’ont particulièrement touché : la
lettre du patron de la ferme à l’épouse de Louis René après la mort de
celui-ci, et celle d’un de ses camarades d’infortune qui informe sa
veuve des soins apportés à sa tombe.
Déjà présentes sur d’autres pages de prisonniers, on remarquera aussi les postkarten,
ces lettres-cartes imaginées par les autorités allemandes pour limiter
les volumes des textes envoyés par les prisonniers aux familles (avec
le dessein inavoué de faciliter leur contrôle). On notera aussi,
inédits sur ce site, les documents de rapatriement de la dépouille du
soldat depuis l’Allemagne jusqu’au cimetière de Caluire-et-Cuire (69)
Louis René résidait avant la guerre.
Je remercie son fils Pierre de nous avoir confié ces précieux documents.
Patrick Pognant, 12 avril 2026.
1. Biographie de Louis René Aurant par son fils, Pierre Aurant
Avant la captivité en Allemagne
Mon père, Louis René Aurant, jardinier-fleuriste
(une plaque portant son nom est apposée sur un bâtiment du Parc de la
Tête d’Or à Lyon), fils de Henri Jean Arsène Aurant, télégraphiste, et
d’Antoinette Claudine Gaudet, ménagère, est né le 09.10.1915 à Lyon,
dans le troisième arrondissement.
Mon grand-père paternel, Henri Jean Arsène AURANT,
soldat au 61e RI, 12e Cie a été blessé le 09.09.1914 pendant la
Bataille de la Marne (6-13 sept. 1914) et dut être amputé de
l’avant-bras droit.
Louis René fait son service militaire au 26e
RI (caserne Thiry à Nancy) du 20.10.1936 au 14.10.1938 et il se
marie le 11.03.1939 à Lyon avec ma mère, Henria Edith Marie Besson.
Mon grand-père maternel, Henri Marius Besson, soldat
à la 1re Cie mitrailleuses du 99e RI, est « porté disparu MPLF » [MPLF
: Mort Pour La France] le 11.05.1917 à la ferme de La Bovelle à
Cerny-en-Laonnois (Aisne), sur le chemin des Dames. Le passé militaire
de mes deux grands-pères m’a valu d’être exonéré de servir en Algérie
lors de mon service militaire en 1959.
[On peut consulter la fiche de M. Henri Marius
Besson sur le site du Département de l’Aisne, « Chemin des Dames » :
< https://www.chemindesdames.fr/index.php/fr/combattant/henri-marius-besson?name=
Besson&firstname=Henri&armee=All&type_de_regiment=All®iment=All&grade=All&date_naissance=&date_deces=&field_french_state_target_id_verf=All&deces_lieu_commune= >]
Louis René est affecté au 6e RI 9e Cie le 16 10
1939. On le retrouve à l’hôpital du RI du 31.12.1939 au 03.03.1940.
Après une semaine de congé de convalescence pendant laquelle il visite
sa famille, Louis René rejoint son régiment, le 19.03.1940.
Début avril 1940, le 3e bataillon dont fait partie
la 9e Cie du 6 RI, est transporté à Guerpont en Lorraine dans la Meuse.
Puis, au début du mois de mai, le régiment est transporté par chemin de
fer en Alsace dans la région Ouest de Niederbronn-les-Bains (Bas-Rhin)
où se trouve le PC de la 44e DI à laquelle le 6e RI vient d’être
rattaché.
Le 15 mai, le régiment est transporté par chemin de
fer à Reims où des camions l’acheminent jusqu’à Romain (Marne), à moins
de trente kilomètres de Reims. À partir de cette localité, une longue
marche conduit le 6e RI vers ses positions entre Œuilly (Marne) et
Maizy (Aisne). Du 17 mai au 9 juin, le 26e RI, 3e Bataillon, tient ses
positions devant un ennemi supérieur en nombre et équipements.
À propos de cette période, le sous-lieutenant Lucien
Carron, chef de section à la 10e Cie 3e Bataillon, publie un livre
intitulé Fantassins sur l’Aisne, mai-juin 1940 [Grenoble, Paris :
Éditions B. Arthaud, 1943, 203 p.], ouvrage particulièrement documenté
sur la section dont il avait la conduite et qui connaîtra plusieurs
rééditions.
À compter du 9 juin, le 3e Bataillon du 6e RI,
réduit à moins de cent soldats, effectue une retraite vers le Sud. Le
11 juin, Louis René est fait prisonnier par les Allemands à
Passy-Grigny dans la Marne. Le 3e Bataillon du 6e RI vit ses dernières
heures dans un ultime engagement le 16 Juin 1940, aux environs de
Troyes, les survivants étant tous tués où faits prisonniers.
La captivité : vie et mort en Allemagne
Venant de Trèves, Louis René fut interné le 27 06
1940 au Stalag XI A d’Altengrabow sous le matricule 79191. Aucune
photo de groupe de mon père au Stalag XI A n’est arrivée jusqu’à
moi ; je n’ai que le souvenir d’avoir vu une pipe tyrolienne lui
ayant appartenu, mais malheureusement perdue dans les déménagements.
La vie de mon père dans ce Stalag, je ne la connais
que par les 14 postkarten retrouvées chez ma tante, sœur de mon père,
écrites pour la première le 29.09.1940 et pour la dernière le
07.06.1944 ; aucune correspondance n’a été trouvée pour les années1942
et 1943. Voici ce que, entre autres, ces postkarten nous apprennent :
. le 20.08.1941, il écrit à sa sœur qu’elle a dû
recevoir des nouvelles de lui par un camarade plus chanceux que lui ;
. le 02.04.1944, il dit être à l’hôpital du Stalag
XI A où il est en traitement pour ses rhumatismes (il était
précédemment à l’infirmerie d’Halberstadt, à une cinquantaine de
kilomètres du Stalag) ;
. le 20.02.1942, il écrit qu’il est à l’infirmerie
depuis 15 jours pour une crise de rhumatismes qui l’empêchait de
marcher ;
. dans sa postkarte du 07. 06.1944, on peut lire
que, depuis 15 jours, il est sorti de l’hôpital mais une nouvelle crise
le terrasse et qu’il est à nouveau rentré à l’infirmerie du camp.
Mon père était atteint de rhumatismes articulaires
aigus, ce qui explique ses douleurs (pourquoi ne fut-il pas libéré avec
une maladie aussi invalidante et avec un enfant à charge ?). D’après
ses postkarten 1940/41, il est incorporé au Kommando 12, lequel est mis
à la disposition de la commune (gemeinde) d’Atzendorf, située à une
quarantaine de kilomètres du Stalag. En janvier et février 1944, les
postkarten le situent au Kommando 356. C’est un très gros Kommando qui
regroupe rien moins que dix-sept groupes de prisonniers dont plusieurs
sont répartis dans les usines. Louis René est affecté à un groupe
agricole et il travaille à la ferme de M. Karl Melzian, à
Börnsen, au sud-est de Hambourg, à presque 300 km de son Stalag
d’affectation. Le 04.12.1944, ce fut dans cette ferme que mon père
serait malencontreusement tombé du grenier dans l’étable donnant du
foin aux vaches par un trou destiné à cet effet. Sa chute lui fut
fatale.
Dans un premier temps, il a été enterré au cimetière
de Börnsen. Puis sa dépouille a été transférée le 19.03.1949 dans le
carré militaire du cimetière de Caluire-et-Cuire, commune faisant
partie de la Métropole de Lyon (ville rendue tristement célèbre car ce
fut là que fut arrêté par la Gestapo Jean Moulin, le 21 juin 1943).
Je me rappelle encore de l’émouvante cérémonie
militaire qui a eu lieu ce 19 mars 49, en présence de deux militaires
rendant les honneurs dans l’église du lieu. Au fil des ans, le
fleurissement des tombes du carré militaire se ratifie, et je vois
venir le jour où tous ces braves se retrouveront seuls, entre eux !
N. B. : Les compléments d’information concernant les Kommandos
d’affectation de M. Aurant ont été trouvés dans le Registre des
Kommandos, consultable sur ce site : < http://ppognant.online.fr/registre00_accueil.html >.
Pierre AURANT, avril 2026
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2. Documents

Louis René Aurant en compagnie de son père, Henri Aurant, vers 1936-1937.

Pendant le service militaire à Nancy avec quatre camarades non identifiés (vers 1937-1938).
Louis René est le deuxième en partant de la gauche.
Il se distingue des autres qui ont tous une cigarette à la main tandis que lui tient à la main droite une pipe.

Fiche du PG Louis Aurand [sic] Altengrabow XI A.

Une des 14 postkarten (traduction littérale dans le haut document : "carte postale")
envoyées par René Louis : cette lettre-carte est datée du 20.02.1944.
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Bureau des Archives militaires, fiche établie le 24 décembre 1992.
Extrait récapitulatif du dossier de Louis René Aurant.

Terrible lettre du 27 mars 1945 annonçant à Madame Aurant la mort de son mari, le 4 décembre 1944.

Traduction d'une lettre de Monsieur Karl Melzian à Madame Aurant. Sans date (1945).
Il s'agit d'une lettre émouvante de par la sincérité qu'elle dégage et révèle l'homme qu'était Louis René.
Elle démontre aussi, à ceux qui en douteraient encore,
que tous les Allemands n'étaient pas des brutes sanguinaires !
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Une lettre écrite le 15 (?) juin 1945 par un camarade de captivité, Hilare Dewerchin à Madame Aurant ;
cette lettre délicate informe sa veuve que Louis René était apprécié par ses camarades.
Document rare, voici le PV d'exhumation du corps de Louis Aurandt
[sic : décidément, les autorités étaient fâchées avec son patronyme !] permettant son rapatriement en France.

Stèle de Louis Aurant au carré militaire du cimetière de Caluire-et-Cuire (69)
où il repose depuis 1950.